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Régulièrement, lesgauchers.com donne carte blanche à Pierre-Michel Bertrand, auteur de "l’Histoire des gauchers", du "Dictionnaire des gauchers" et de "Je suis gaucher". Ce spécialiste reconnu (dont les ouvrages sont traduits en de nombreuses langues) nous livre librement ses réflexions, ses découvertes, ses coups de cœur et, pourquoi pas, ses "coups de gueule".

                 DE FREUD À FREUD

 Lucian Freud est mort mercredi dernier (21 juillet 2011). Peintre figuratif, un des artistes les mieux cotés au monde, il est notamment connu pour ses représentations morbides de corps nus, chairs sans grâce, affichant des poses obscènes dans des décors désolés. Son style est un singulier mélange, très reconnaissable, d’hyperréalisme et de caricature, de laideur et de perfection formelle. Qu’on aime ou pas, on doit reconnaître qu’il s’agissait d’un artiste hors du commun.

 Lucian Freud était gaucher. Curieusement, il n’en a jamais tenu compte dans ses autoportraits, où il se montre tel qu’il se voit dans le miroir : en droitier.

Le gaucher Lucian Freud était le petit-fils de
Sigmund Freud… lui-même gaucher.

   La gaucherie (contrariée) du père de la psychanalyse est établie par une lettre, écrite à Vienne le 4 janvier 1898*, dans laquelle il dit souffrir de troubles de la latéralité (il a toujours été incapable de distinguer la droite de la gauche, chez lui comme chez les autres) et prétend qu’enfant il possédait "deux mains gauches".
  Dans cette lettre, Freud désapprouve son ami Wilhelm Fliess, qui le considère comme "un gaucher partiel". Et pour cause : Fliess  pense que le fait de préférer sa main gauche à sa main droite est un signe d’homosexualité – alors considérée comme une déviance et passible de prison.
  Freud, qui met la sexualité au centre de tout,  veut bien admettre qu’il est un gaucher refoulé, mais y voit une autre explication : enfant, sans doute avait-il commis "quelque-chose que l’on ne peut faire qu’avec la main gauche". Je vous laisse deviner quoi…

       Gauchèrement vôtre,

        pmb

* Reproduite dans M. Bonaparte, A. Freud & E. Kris, éd., La Naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1979, pp. 215-216.
               
23 juillet  2011
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