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Deux fois par mois, lesgauchers.com donne carte blanche à Pierre-Michel Bertrand, auteur de "l’Histoire des gauchers", du "Dictionnaire des gauchers" et de "Je suis gaucher". Ce spécialiste reconnu (dont les ouvrages sont traduits en de nombreuses langues) nous livre librement ses réflexions, ses découvertes, ses coups de cœur et, pourquoi pas, ses "coups de gueule".

UN PEU DE SÉMIOLOGIE
(
3e PARTIE)

   Non seulement Andy est gaucher, mais il est lorrain ! Il cumule deux handicaps !
   Je plaisante, bien sûr…
   Andy est en effet gaucher et lorrain et c’est pourquoi il a réagi à ma chronique du 1er juillet. Dans cette chronique, je faisais remarquer que les logos de marques, d’entreprises, de régions, etc., sont souvent composés selon une diagonale allant du bas à droite vers le haut à gauche. Cette ligne, disais-je, induit naturellement l’idée d’ascension.
   

   A contrario, une diagonale tracée dans le sens inverse évoque l’idée de déclin.



   L’exemple du logo de la Lorraine, disais-je encore, est révélateur. On y devine une volonté d’exprimer le dynamisme, la vitalité, le mouvement, l’ambition, la détermination. La région, naguère sinistrée économiquement, entend aller de l’avant, mettre en valeur ses atouts… Une diagonale ascendante s’imposait.
 
   C’est là qu’Andy intervient. Il me fait savoir (car je l’ignorais) que ce logo n’est rien d’autre qu’une adaptation du vieux blason lorrain, lequel blason offrait pour sa part une diagonale descendante.

   L’auteur du logo [1], demande Andy, serait-il gaucher pour avoir inversé ainsi la composition originelle ? Pas nécessairement. Ce que je puis en revanche avancer c’est qu’il n’était guère versé en héraldique.

   Cette science obéit en effet à des codes bien différents de la « logologie » moderne. La gauche et la droite, notamment, n’y ont pas du tout le même sens. La raison en est que le blason prend la forme d’un écu, c’est-à-dire d’un bouclier, et qu’il est admis que ce bouclier est « porté par une personne le tenant devant elle ». Ce faisant, ce que nous percevons à gauche est en fait à droite (« à dextre » dans le jargon des spécialistes) ; et ce que nous percevons à droite est en fait à gauche (« à senestre ») [2].

   Pour la logique héraldique, ce que nous avons appelé dans les précédentes chroniques
oblique descendante est désigné par le mot « bande » et revêt une valeur plutôt positive. A contrario, ce que nous avons désigné par oblique ascendante prend le nom de « barre » et s’avère connoté moins favorablement que la bande. Témoin la barre de bâtardise, par laquelle les enfants adultérins et tous leurs descendants étaient jadis tenus de briser leurs armoiries pour se distinguer de la branche légitime. En Angleterre on parlait de « barre gauchère » (left-handed bar).
   
   Gaucher ou non, l’auteur du logo moderne de la Lorraine ignorait sans doute ces subtilités moyenâgeuses. En tout cas, il n’en avait cure. Son but était de dynamiser l’image de sa région. Il s’est donc contenté d’inverser le vieux blason pour obtenir une diagonale désormais unanimement perçue comme positive… N’y trouveront à redire que les puristes, j’imagine. Tant pis.

   Gauchèrement vôtre,

              pmb


1er août 2010

[1] Charlélie Couture, me dit Andy.

[2] Cf. Michel Pastoureau, Traité d’héraldique, 1979, p. 99.

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