Chroniques P-M Bertrand

Mise à jour du Top 100

Dictée ahurissante

Présidentielle 2012

Traditions, piège à c....

Philatélie

De Freud à Freud

Les gauchers sont souverains

La Présidente est gauchère

Deux nouveaux gauchers ...

Avis de recherche

Hommage à B.Cremer et St Éloi

Le fond de l'air effraie

Pétition pour la fête ...

L'aile d'un moucheron...

Un peu de sémiologie (1)

Un peu de sémiologie (2)

Un peu de sémiologie (3)

Latéralité et conchyliologie

Sale temps pour les droitiers...

A la bonne heure !

Un monde à l'envers

Un gaucher oublié

Rions un peu...

Psychose et gaucherie

Beau, oui et... gaucher !

La bague au doigt

"C’est un gaucher", dit l’âne

Ils sont partout !



Deux fois par mois, lesgauchers.com donne carte blanche à Pierre-Michel Bertrand, auteur de "l’Histoire des gauchers", du "Dictionnaire des gauchers" et de "Je suis gaucher". Ce spécialiste reconnu (dont les ouvrages sont traduits en de nombreuses langues) nous livre librement ses réflexions, ses découvertes, ses coups de cœur et, pourquoi pas, ses "coups de gueule".

UN PEU DE SÉMIOLOGIE
(
1ère PARTIE)

   Convenons-en, on n’emploie pas le mot tous les jours. La sémiologie (ou encore sémiotique) désigne pourtant, dans sa «version light», une discipline tout à fait abordable et stimulante pour l’esprit : l’étude des signes et des symboles, de leur signification, de leur articulation dans la pensée et de leur circulation dans la société. Le sémioticien est celui qui admet que les «objets visuels» forment un langage et qui tente de comprendre, en s’inspirant conjointement de la psychologie de la vision et de la linguistique, la façon dont ceux-ci produisent du sens.

   Examinons ici quelques aspects ayant trait à la droite et à la gauche.

   L’aviez-vous remarqué ? Les logos sont souvent composés suivant une ligne oblique allant du bas à gauche vers le haut à droite. Pourquoi cela ? Parce que notre œil perçoit cette orientation comme dynamique. Cette diagonale induit subconsciemment chez nous des idées de croissance, d’élan ou de vitesse. À l’inverse, la diagonale allant du haut à gauche vers le bas à droite traduira plutôt des idées de déclin.

   Il s’agit là d’un procédé expressif bien connu des artistes peintres depuis très longtemps. L’historien d’art Heinrich Wölfflin (1864-1945) [1] nous fait ainsi remarquer que les tableaux, même symétriques d’apparence, perdent généralement beaucoup à être contemplés en miroir. Le cas de La Madone Sixtine de Raphaël est parlant. Je cite
:




   Dans la vue à l’endroit, nous suivons le regard ascendant de saint
Sixte du côté gauche vers la hauteur de la Madone, et de l’autre côté sainte Barbe, qui baisse la tête et les yeux, nous ramène en bas. Je ne dis pas que l’on ne suit que ce mouvement, mais on a résolument tendance à monter de gauche à droite dans le sens de la figuration et de glisser en bas en suivant l’oblique opposée.







   Dès que le tableau est vu à l’envers et que, par suite, les directions
sont inversées, l’image est déformée : les motifs paraissent incohérents et vont « à rebours ». Au lieu de l’ascension pleine d’élan du côté de saint Sixte, lorsqu’il est agenouillé à gauche, nous n’éprouvons qu’un affaissement pesant.




   Il s’ensuit, continue Wölfflin, «qu’il y a lieu de parler très généralement d’obliques ascendantes et descendantes. Ce qui correspond à la diagonale de gauche à droite est éprouvé comme une ascension ; le contraire est éprouvé comme une chute. Dans le premier cas (si rien d’autre ne contredit ce mouvement !), nous disons : l’escalier monte ; dans le second : l’escalier descend ».

   On verra la prochaine fois combien cette loi est importante dans la publicité, précisément en ce qui concerne la publicité… pour les escaliers !

   Gauchèrement vôtre,

              pmb

[1] Heinrich Wölfflin, « Sur les côtés droit et gauche dans le tableau », in Réflexions sur l’histoire de l’art, éd. Champs/Flammarion, 1997.


1er juillet 2010

______________________________



Conseiller cet article ...