Chroniques P-M Bertrand
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Deux fois par mois, lesgauchers.com donne carte blanche à Pierre-Michel Bertrand, auteur de "l’Histoire des gauchers", du "Dictionnaire des gauchers" et de "Je suis gaucher". Ce spécialiste reconnu (dont les ouvrages sont traduits en de nombreuses langues) nous livre librement ses réflexions, ses découvertes, ses coups de cœur et, pourquoi pas, ses "coups de gueule".
L’AILE D’UN MOUCHERON…
Nous sommes au cœur de l’été. Cigales, grillons, criquets et autres sauterelles s’en donnent à cœur joie, emplissant le s ilence de nos campagnes d’un doux grésillement. Pour émettre leur chant ("stridulation"), la plupart de ces petites bêtes frottent leurs ailes ("élytres") l’une contre l’autre. Plus précisément, une seule aile opère un va-et-vient, agissant sur sa voisine tel un archet sur un violon.
Jean-Henri Fabre, écrivain et entomologiste français (1823-1915), avait remarqué que certaines espèces sont droitières, c’est-à-dire qu’on voit toujours leur élytre droit frotter le gauche. Tel est, par exemple, le cas du Grillon. D’autres espèces, comme la Sauterelle verte, sont au contraire gauchères. Vous aurez beau inverser le recouvrement des ailes de ces insectes ; vous aurez beau, même, manipuler les spécimens à l’état larvaire… rien n’y fera. Ils conserveront la latéralité que la nature a choisie pour eux. Impossible de leur faire changer d’habitudes ! [1]
 Il en va différemment de l’Épeire (Araneus diadematus), cette jolie araignée qui fréquente nos jardins à partir du mois d’août. Pour tisser sa toile, celle-ci se montre en effet capable d’utiliser tantôt la patte antérieure droite, tantôt la gauche (la toile s’enroule donc soit dans le sens des aiguilles d’une montre, soit en sens inverse…). Fabre d’en conclure avec émerveillement :
" Qui voit cette patte dans ses manœuvres de haute précision, aujourd’hui la droite, demain la gauche, reste convaincu que l’Épeire est supérieurement ambidextre." [2]
Quelle est donc l’origine de la latéralité du monde des insectes, s’interroge Fabre ? De quelle exigence supérieure découle-t-elle ? On l’ignore… Tout comme on ignore pourquoi, parmi les humains, certains, à l’inverse de la majorité de leurs congénères, préfèrent leur main gauche à leur main droite. Et Fabre, cette fois, de nous livrer cette maxime philosophique :
"Pour acculer au pied du mur la superbe de nos théories, l’aile d’un moucheron suffit." [3]
… A méditer !
Gauchèrement vôtre,
pmb
[1] Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1989, t. II, pp. 133 sqq. [2] Ibidem, pp. 715-716. [3] Ibidem, p. 137.
11 août 2010
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